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Laurence de Charette " le figaro " le 15/12/2008.

 

Querelle financière entre Liliane Bettencourt et sa fille

 


 

Liliane Bettencourt aurait, selon sa fille, été abusée par le photographe des mondanités François-Marie Banier.

Crédits photo : AFP


Françoise Bettencourt Meyers a porté plainte contre un photographe ayant reçu de Liliane Bettencourt, première fortune de France, des dons approchant le milliard d'€uros.

Ordinairement si discrète, la famille Bettencourt est secouée par une affaire judiciaire qui porte le conflit familial au grand jour. Françoise Bettencourt Meyers, fille unique de la richissime Liliane Bettencourt et petite-fille du fondateur de L'Oréal, a déposé devant la justice une plainte pour «abus de faiblesse» sur la personne de sa mère. La fille défend en effet que sa mère a été abusée par le photographe des mondanités François-Marie Banier, à qui elle a fait don de sommes colossales, qui avoisineraient
le milliard d'€uros. Sollicité début 2008 par la plaignante, le parquet de Nanterre a ouvert une enquête préliminaire.

Depuis une dizaine d'années, Liliane Bettencourt a multiplié ses largesses vis-à-vis de cet homme, connu notamment pour ses photographies de la jet-set internationale. Liliane et son mari André, décédé en 2007, ont toujours apprécié cet ami d'Isabelle Adjani et de Pierre Cardin. «Mais, à la fin, la fréquence de ces cadeaux s'était accélérée», témoigne un proche du dossier. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles Françoise Bettencourt Meyers s'est tournée vers la justice. Attaquer François-Marie Banier au pénal constitue un avertissement, en attendant les éventuels fruits de la procédure.

Les contrats d'assurance-vie souscrits pour le photographe n'ont en eux-mêmes rien d'illégal - ils auraient même été enregistrés devant notaire en bonne et due forme. De même des différents cadeaux d'œuvres d'art. «Au début de l'affaire, nous estimions l'ensemble des dons à
500 000 €uros, aujourd'hui, l'enquête tourne plutôt sur un milliard d'euros», raconte un proche du dossier.

À la tête de la plus grande fortune française, estimée, selon le magazine Forbes, à
23 milliards de dollars, Liliane Bettencourt, qui n'a qu'une descendante directe, est libre d'en distribuer une partie. C'est ce qu'elle a expliqué aux enquêteurs. Depuis longtemps, l'actionnaire de L'Oréal consacre une grande partie de son capital au mécénat. Elle dirige depuis 1987 la Fondation Bettencourt, consacrée notamment à la recherche médicale ou la lutte contre l'illettrisme. Dans Le Figaro Magazine, le 14 novembre, elle expliquait que «la fortune est une chance, il faut s'en servir pour donner à d'autres le moyen d'entreprendre…»

Une situation douloureuse

Mais les libéralités offertes à François-Marie Banier ne répondraient pas à la même logique, selon sa fille. Celle-ci défend que la générosité de sa mère vis-à-vis de l'artiste n'était pas librement consentie. Que, désormais âgée de 86 ans, Liliane Bettencourt a agi sous influence, privée d'une partie de sa lucidité. Bref, qu'elle aurait été abusée.

La femme la plus riche de France était-elle en «état de faiblesse» lorsqu'elle a distribué son argent à François-Marie Banier, proche de si longue date ? C'est le nœud de l'enquête. Un point d'autant plus difficile à établir pour les enquêteurs qu'après avoir accepté l'idée d'une expertise médicale, Liliane Bettencourt l'a ensuite écartée, via son avocat.

L'affaire financière se double, comme souvent, d'un conflit familial : mère et fille ne s'adressent plus la parole, selon des proches de l'affaire. Depuis le début de l'enquête, la grand-mère n'a gardé des relations qu'avec l'un de ses deux petits-fils… Une situation douloureuse et complexe, qui pourrait rejaillir sur la gestion de l'empire du cosmétique. Actuellement, Liliane Bettencourt, sa fille et son gendre Jean-Pierre Meyers siègent tous les trois au conseil d'administration de L'Oréal, au côté de personnalités comme Louis Schweitzer.

Prochainement, le procureur de la République de Nanterre, Philippe Courroye, devra trancher : confier l'enquête à un juge d'instruction, qui pourrait ordonner une expertise médicale, ou classer le dossier. Dans ce cas, Françoise Bettencourt Meyer, qui ne demanderait pas d'argent à titre personnel dans ce dossier, pourra toujours se constituer partie civile. Elle garde aussi la possibilité de s'adresser au juge civil, pour demander la mise sous protection judiciaire de sa mère (tutelle, curatelle ou mesure de sauvegarde) : si la perte des facultés de cette dernière était établie, ses affaires seraient en partie ou en totalité gérées par un tiers à désigner… De quoi susciter des inquiétudes au sein du groupe.

 




La personne mise en cause ...

François-Marie Banier


L’éclectique romancier-peintre-photographe revient avec un nouveau roman, centré sur l’artiste Marcel Duchamp et son amitié avec un certain Johnny Dasolo. Christian Giudicelli a adoré.

Match Livres Lorsqu’un écrivain appelle son narrateur Marcel Duchamp, on imagine que ce personnage ne sera pas un type de tout repos, proche parent du perturbateur en chef de l’art moderne qui a mis des moustaches à « La Joconde » en ajoutant le commentaire iconoclaste : « LHOOQ ». Lorsque l’écrivain en question se nomme François-Marie Banier, on est en droit de penser qu’il puisera dans sa propre existence les éléments qui isoleront son héros du commun des mortels.
Ce n’est pas un fonctionnaire des lettres, François-Marie Banier. A 20 ans – ou à peine plus –, il séduit le Tout-Paris mondain et artistique, de Marie-Laure de Noailles à Louis Aragon, en publiant un premier livre, « Les résidences secondaires » (1969), qui lui vaut une réputation d’enfant terrible bien élevé que la presse américaine confirme aussitôt. Cinq romans suivront, augmentés de trois pièces de théâtre. Pourtant, la littérature ne lui suffit pas, le voici acteur dans « L’argent » de Robert Bresson et dans quelques films d’Eric Rohmer. A partir des années 90, il se consacre essentiellement à la photographie, exposant ses œuvres dans les grands musées. A ses moments perdus, qui, du coup, ne le sont plus, il peint. On peut le prendre pour un de ces heureux touche-à-tout – dont un Cocteau resterait la figure emblématique – qui en général exaspèrent les pisse-froid par l’apparente facilité de leurs dons.
 

Voyons si le Marcel Duchamp, dans ce nouveau roman, conserve, comme on le pressentait, quelque chose de cet éclat. Eh bien ! on avait tout faux. Ce Marcel Duchamp-là s’efface au profit du Johnny Dasolo qui donne son titre au récit. A lui, ni l’éclat ni le brio ne font défaut. Riche, beau, inventif, il appartient à cette race de privilégiés auxquels personne ne résiste. Marcel encore moins qu’un autre puisque, dès leur rencontre au lycée, Johnny l’a élu son meilleur ami. Alors, sensible, il se laisse embarquer dans les projets de son remuant camarade. Ils vivent des heures de complicité délicieuse mais, un jour, Johnny lui fauche la jeune fille qu’il désire puis disparaît. Ce pourrait être la fin de leur histoire, ce n’en est que le début. Un Johnny ne lâche pas sa proie. Plus tard, à intervalles irréguliers, il revient près de Marcel pour l’associer à des entreprises de plus en plus extravagantes : en Angleterre, il s’agit de fabriquer des jouets révolutionnaires ; au Portugal, de vendre des maisons enfouies dans le sol... L’échec chaque fois succède à l’utopie, et la mort s’invite pour transformer l’aventure en tragédie. Cela au moment où Marcel, devenu professeur, marié, père de trois enfants, croit avoir trouvé une vie simple et raisonnable.
Le monde n’est pas une cour de récréation où l’on jouerait les mythomanes sans danger. Johnny et Marcel l’apprennent à leurs dépens. François-Marie Banier, qui a la politesse de ne pas ajouter à sa fable une leçon de morale, le constate probablement avec un peu de regret. La mélancolie nimbe son livre, sans altérer la clarté du style ; rien ici ne pèse ou ne pose. On indique les caractères, on ne les souligne pas. Entre le flambeur inconséquent et celui qui tente de garder les pieds sur terre, quel est le véritable héros ? Les deux demeurent complémentaires, l’un marchant en illuminé vers la folie, l’autre le suivant dans l’ombre. Johnny flambe et Marcel tient la plume. Sans les mots capables de la fixer, l’aventure n’existerait plus, elle sombrerait dans l’oubli. Au moins n’a-t-elle pas été vaine puisqu’elle est écrite.
 

Dans ses photographies, François-Marie Banier est attentif aussi bien aux gloires qu’aux passants anonymes. Son regard n’établit pas de hiérarchie : chaque modèle porte un univers secret dont il traque les signes. De même dans ce « Johnny Dasolo », d’allure si légère, examinant deux destins, il arrive à éclairer les sentiments complexes nés d’une amitié sulfureuse. A notre tour, sous le double portrait qu’il présente, de découvrir le sien, plus tourmenté qu’on ne le croyait. Sous la pudeur et l’élégance de l’adulte qui a réussi, quelqu’un se cherche, un jeune homme plein de fougue animé par la passion du bonheur et désireux de vivre à mille à l’heure. Ce qu’il ne peut atteindre, il le couche sur le papier. Il a raison. Qu’est-ce qu’un bon livre ? Un rêve réalisé.
 

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